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Le blog Sud Express

Saudades do regresso... - recherche sur les Portugais de France

17 Juin 2009, 17:28pm

Publié par Mémoire Vive / Memória Viva

   La jeune chercheuse Caroline Sordia vient de soutenir brillamment son mémoire de recherche en relations internationales, à l’Ecole Doctorale de Sciences Po, sur le retour dans le parcours migratoire des Portugais en France. Le jury a été composé par les professeurs chercheurs Catherine Wihtol de Wenden, sa directrice de recherche, et Albano Cordeiro, membre de l’Association Mémoire Vive/ Memória Viva.

    Nous vous proposons de connaître ce beau travail, présenté ci-dessous par Caroline Sordia elle même. La teneur de ce travail sera bientôt
diffusée. Plus de nouvelles à la rentrée.


 

Saudades do regresso...

            Près de quarante ans après l'exode massif des Portugais vers la France, il est utile de se pencher à nouveau sur cette expérience marquée par la persistance d'un mythe du retour. Réel ou virtuel, organisé ou rêvé, périodique ou définitif, et peut-être tout cela à la fois, le retour constitue une dimension structurante du parcours migratoire des Portugais de France.

            Le retour comme horizon oriente en effet les modalités de départ, de la vie en migration et les bifurcations de trajectoires. Les enjeux politiques, économiques, sociaux, professionnels et culturels qui les traversent donnent à cet horizon une signification différenciée selon les générations, le genre et pour chaque individu. Ce constat évacue le « paradoxe du bon immigré » en rappelant combien la conception traditionnelle de l'intégration est extérieure aux références des migrants eux-mêmes. Il interroge aussi sur la gestion sociale et politique d'une diversité culturelle que la France peine à reconnaître.

            S'il est omniprésent dans les discours, le retour effectif demeure très minoritaire « à l'état pur ». Il se décline en une multitude de pratiques de va-et-vient, de séjours périodiques qui permettent tout à la fois d'entretenir et de reporter sine die le projet. Les catégories étanches de l'ici et là-bas se trouvent dès lors brouillées par une spatialité bipolaire, avec toute sa richesse mais aussi toutes les tensions inhérentes à la construction d'un entre-deux.

            Enfin, par sa singularité et son inscription dans un contexte institutionnel d'ouverture des frontières au sein de l'espace Schengen, l'expérience portugaise pose une exigence de réversibilité des parcours. La gestion actuelle des migrations, en particulier la crispation de l'Europe vis-à-vis de ses frontières extérieures, révèle ainsi un profond décalage entre politiques menées et stratégies des migrants. Face à une fermeture des frontières qui érige le déplacement en problème émerge peu à peu la revendication d'un droit à la mobilité.

            Les entretiens avec les premiers concernés permettent de confirmer, mais surtout de nuancer les hypothèses théoriques. L'enseignement le plus fort reste l'hétérogénéité, la complexité et l'irréductibilité des itinéraires individuels, plaidant pour une approche politique davantage axée sur l'accompagnement des parcours. À l'instar de l'ensemble des droits humains, le droit à la mobilité – qui conjugue droit de partir et droit de rester – repose sur l'exigence d'autonomie et d'autodétermination par chacun de sa propre trajectoire. Davantage que l'expérience concrète, et au-delà de la nécessité de « pouvoir revenir », c'est le sentiment de maîtriser son parcours, d'en choisir (et non subir) les bifurcations qui s'avère central. Le retour ressort ainsi d'une aspiration ontologique à donner du sens au chemin, à la quête partagée d'une place en ce monde.


Caroline Sordia 

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